Chaque printemps, un nouveau rapport de risques émergents atterrit sur les bureaux. Cette année, le CRO Forum a publié son Emerging Risk Radar 2026. Le problème, c’est qu’un radar ne montre jamais ce qu’il faudrait vraiment voir : comment transformer une liste générique en décision utile pour son propre registre.

Deux nouveaux risques font leur entrée. La concentration du pouvoir technologique. Les aliments ultra-transformés. Deux autres basculent de “horizon lointain” à “déjà observé” : l’intelligence artificielle et la complexité des chaînes d’approvisionnement.

Le CRO Forum réunit les Chief Risk Officers d’Allianz, AXA, Munich Re, Swiss Re, Generali. Un rapport pensé pour l’assurance. Alors pourquoi un risk manager d’un tout autre secteur devrait-il s’y intéresser ?

Au-delà de l’assurance

Les assureurs scrutent l’économie entière pour savoir ce qu’ils vont couvrir. Leur radar n’est pas un exercice interne. C’est une photographie de ce que les meilleurs scrutateurs de risque voient venir.

Trois exemples tirés du rapport, transposables à n’importe quelle entreprise de biens de consommation :

La concentration du pouvoir technologique. Une entreprise dépend probablement de 3 ou 4 fournisseurs cloud, IA ou logiciels. Coûts de changement prohibitifs. Absence d’alternatives européennes équivalentes. Pouvoir de fixation des prix côté fournisseurs. Le CRO Forum décrit exactement cela.

Les recours collectifs et la responsabilité produit. La directive européenne sur les produits défectueux s’appliquera à tout produit mis sur le marché après décembre 2026. Combinée au financement de contentieux par des tiers en Europe, elle abaisse la barrière à l’action collective. Toute entreprise vendant des produits physiques dans l’Union est concernée.

Les dynamiques de main-d’œuvre. Départs à la retraite des experts et spécialistes. Pénurie déjà structurelle. Actuaires chez les assureurs, ingénieurs ou data scientists ailleurs. Le mécanisme est le même.

Le radar donne des signaux utiles bien au-delà de son public premier. Mais copier la liste dans votre registre manque l’essentiel.

Ce que j’en fais

Un rapport de risques émergents n’a de valeur que si je sais quoi en faire une fois refermé. Voici ce que j’applique, en 4 temps.

1. Repérer ce qui a changé. Je ne relis pas un rapport annuel comme s’il était neuf. Je me concentre sur le différentiel avec l’édition précédente. Quels risques sont ajoutés ? Lesquels sont renommés ? Pour lesquels l’horizon temporel a basculé ? Un risque qui passe de “à 5 ans” à “déjà observé” mérite une relecture immédiate.

2. Distinguer un renforcement d’un trou. Pour chaque risque du rapport, une seule question : ai-je déjà un signal qui couvre ce sujet ? Si oui, j’enrichis la description existante. Si non, je tiens un candidat sérieux à un nouveau signal. Cette distinction, la plupart des exercices de veille la sautent. Par manque de temps, on ajoute tout. Ou on n’ajoute rien.

3. Traduire l’abstrait en conséquence métier. Un risque générique ne vaut rien tant qu’il n’est pas relié à un actif, un processus ou un fournisseur identifiable. “Concentration du pouvoir technologique” devient concret quand je le relie à mon fournisseur cloud critique et à mon scénario de bascule forcée.

4. Prioriser selon mon secteur. Un risque classé “élevé” pour l’assurance peut être secondaire chez moi. La hiérarchie du rapport reflète les priorités de ses auteurs, pas les miennes. Reclasser selon ma propre grille de matérialité est l’étape la plus souvent oubliée. Et la plus importante.

Le résultat

Appliquée au radar CRO Forum 2026, cette méthode produit un tableau très différent de la liste brute du rapport. La concentration technologique et les recours collectifs remontent en tête. Matérialité directe, échéance réglementaire datée (décembre 2026). La cybersécurité quantique reste pertinente. Mais avec un horizon et une intensité très différents de ceux de l’assurance.

Le rapport contient 12 risques. Mon registre en retient 4. Les 8 autres ne sont pas ignorés. Ils sont là où ils doivent être : dans la veille, pas dans le registre.

C’est précisément l’intérêt de la méthode. Transformer un rapport sectoriel en décision utile, quel que soit le secteur d’où l’on part.


Source : CRO Forum, Emerging Risks Initiative, Major Trends and Emerging Risk Radar 2026, mai 2026. thecroforum.org